Incorporation citoyenne et/ou exclusion?

La deuxième génération issue de l'immigration haïtienne et jamaïcaine

 
Micheline Labelle, Professeure
Département de sociologie, Université du Québec à Montréal (UQAM)
Daniel Salée, Professeur
École des affaires publiques et communautaires, Université Concordia
Yolande Frenette, Assistante de recherche
Centre de recherche sur l'immigration, l'ethnicité et la citoyenneté (CRIEC)

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RÉSUMÉ

«Appartenir», «faire partie», «être inclus». Autant de leitmotivs qui émaillent régulièrement le discours public en ces temps où la cohésion sociale semble menacée et nécessiter, du coup, un appui particulier. L'état canadien, à l'instar des états occidentaux, insiste beaucoup depuis quelques années pour que les résidents du Canada se sentent citoyens canadiens à part entière et sans réserve aucune. Les immigrants, les membres de groupes minoritaires et tous ceux et celles qui ont récemment acquis la citoyenneté canadienne font souvent l'objet de pressions étatiques à peine voilées pour adopter sans équivoque le «Canadian way of life» (Labelle et Salée, 1999); on les incite à s'intégrer, à se fondre dans le grand tout canadien. Plusieurs ne demandent pas mieux; d'autres accueillent ces injonctions avec réticence.
 
La présente étude participe avant tout d'une démarche exploratoire qui vise à offrir un éclairage nouveau ou, à tout le moins, différent, sur la réalité de l'incorporation/ intégration des immigrants et des minorités racisées au Canada. Nous avons mené une série d'entrevues qualitatives dans la région montréalaise auprès de jeunes adultes (18-34 ans), nés de parents haïtiens et jamaïcains déjà établis au Canada avant leur naissance, ou qui ont immigré avec leurs parents alors qu'ils étaient encore très jeunes. Il s'agit donc de personnes qui vivent à plusieurs égards une situation objective de minoritaires issus de l'immigration, mais qui n'ont pas, à proprement parler, connu l'expérience de l'immigration (ou n'en ont qu'un souvenir plutôt vague) et dont la socialisation s'est effectuée essentiellement au sein d'institutions et de l'univers normatif canadien et québécois. Il nous semble particulièrement fécond de poser le regard sur ce type d'individus que la littérature sociologique qualifie souvent d'« immigrants de la deuxième génération », car on peut, à travers eux, à travers leur trajectoire personnelle, plus justement apprécier la réalité de l'intégration. On peut, en effet, supposer que dans la mesure où ces personnes ont été marquées de manière soutenue, voire exclusive, par l'environnement sociétal canadien et québécois, elles ont connu un parcours d'intégration moins compliqué ou moins difficile que celui de leurs parents et que, par conséquent, elles sont plus susceptibles de se sentir partie prenante de la société canadienne, de se considérer comme citoyens canadiens et/ou québécois à part entière. Mais ce présupposé, cette corrélation que d'aucuns établissent d'emblée, est-il vraiment fondé? Quelle sont les raisons qui font que cela se vérifie ou non? Ces questions s'inscrivent en filigrane de notre recherche.
 
De façon générale, l'étude que nous proposons maintenant s'inscrit dans la foulée des travaux qui s'intéressent au sort de la deuxième génération issue de l'immigration des vingt-cinq ou trente dernières années. Disposant de moyens modestes pour mener cette recherche, nous ne pouvons prétendre offrir un portrait global et précis de la trajectoire socio-économique de ce groupe dans le cadre sociétal canadien. Nous nous sommes plutôt employés à court terme à mieux cerner l'imaginaire particulier des jeunes de la deuxième génération à l'égard des problématiques d'intégration. Quelle évaluation les membres de ce groupe, socialisés pour l'essentiel au Québec, font-ils de la place qu'ils occupent au sein de la société? Comment se représentent-ils la citoyenneté canadienne et comment vivent-ils leur appartenance à cette société que leurs parents auront, en définitive, choisie pour eux? Pourquoi, le cas échéant, ne se sentent-ils pas intégrés? Autant de questions dont les réponses pourront nous permettre, en bout de piste, de mesurer la distance qui existe entre les voeux de l'État en matière d'intégration des populations immigrantes et issues de l'immigration et la perception qu'ont de la réalité vécue au quotidien ceux et celles qui font l'objet des injonctions étatiques. Il s'agit en fait de saisir l'univers normatif qui informe la vision qu'ont ces derniers du Canada et du Québec et des pratiques d'incorporation de la différence mises de l'avant tant par l'état que par la société civile.
 
La démarche poursuivie dans la présente étude repose sur une intuition qui s'est vérifiée dans une enquête précédente auprès de primo-immigrants actifs dans les organisations communautaires à identité ethnique (Labelle et Salée, 2001). La raison fondamentale qui, au sein des minorités ethnoculturelles, joue contre un sentiment fort d'appartenance à la communauté politique canadienne  "aussi fort que le souhaiterait l'état" et à la conception particulière de la citoyenneté qui lui est sous-jacente, tient en grande partie aux conditions difficiles d'accès aux réseaux socio-économiques dominants. Les obstacles que plusieurs rencontrent dans leurs tentatives de s'insérer profitablement dans le marché du travail les maintiennent à la marge et les découragent de penser qu'ils auront un jour l'occasion de vraiment « faire partie » de la société canadienne. Aussi, c'est sur les héritiers que l'on fonde l'espoir de l'ascension socio-économique et, à terme, de l'intégration. Mais ceux-ci estiment-ils qu'ils sont mieux « reçus », mieux incorporés que leurs parents? C'est en grande partie ce que la présente étude tente de déterminer. Pour ce faire, nous avons rencontré et interviewé 24 jeunes gens issus de communautés racisées de Montréal. Nous avons choisi à dessein de rencontrer des jeunes gens dont le parcours personnel et professionnel est plutôt enviable, voire exemplaire. Tous et toutes sont instruits et armés d'une formation technique et professionnelle de bon niveau qui les rend théoriquement compétitifs sur le marché de l'emploi. Notre échantillon réduit et notre biais pour des individus qui affichent un « profil gagnant » ne permet sans doute pas de prétendre à la représentativité de nos répondants au sein des communautés haïtienne et jamaïcaine de Montréal, mais nous avons voulu, d'une part, évité l'écueil de l'image misérabiliste, négative et stéréotypée que traînent trop souvent les minorités « noires » en Amérique du Nord, tout en postulant, d'autre part, que si l'expérience de l'intégration se sera avérée difficile pour des individus que le capital social et culturel initial prédisposait au succès, on pourrait imaginer sans mal le cheminement que connaissent ceux et celles qui n'auront pas été aussi chanceux au départ. Nous avons d'abord cherché à savoir s'ils jugent leur parcours professionnel satisfaisant et, ensuite, comment ils perçoivent leur perspective d'intégration.
 
Notre décision de poser notre regard sur les communautés « noires » de Montréal n'est pas fortuite. Comme nous l'avons montré dans cette recherche, les jeunes adultes de ces communautés connaissent un taux chômage et de précarité en emploi sensiblement plus élevé que tous les autres groupes, ce qui ne facilite pas leur intégration dans les secteurs majeurs d'activité économique. Par ailleurs, le procès historique de racisation et d'ethnicisation dont les personnes catégorisées comme « noires » ont depuis longtemps fait les frais les prédispose aux mesures discriminatoires et exclusivistes qui, bien que systémiques et pas nécessairement délibérées, tendent à isoler plus qu'elles n'intègrent ces personnes - une réalité que, bien souvent, les inquiétudes populaires suscitées par l'afflux croissant d'immigrants issus de ce que l'état nomme les « minorités visibles » ne font qu'exacerber. Enfin, la division linguistique qui existe au sein de ces groupes de Montréal offre l'occasion de vérifier si la manière de percevoir la question de l'intégration diffère selon que l'on s'identifie à la langue de la majorité francophone du Québec ou à celle de la minorité anglophone.
 
Bien que le marché du travail constitue un enjeu capital dans les sociétés modernes et qu'il conditionne l'insertion non seulement professionnelle mais aussi sociale des individus, on ne saurait juger du succès ou des difficultés de l'intégration uniquement à travers cette seule dimension. Pour mieux comprendre le sens et le fondement des perceptions qu'entretiennent les personnes interviewées à l'égard de leur incorporation économique, nous avons également abordé avec eux diverses dimensions complémentaires qui, croyons-nous, permettent de brosser une vue d'ensemble plus précise des raisons qui informent la vision que se font de l'intégration les jeunes de la deuxième génération. A ce titre, leurs impressions sur le parcours scolaire qu'ils ont connu, leurs réseaux sociaux, personnels et professionnels, leur rapport à l'univers socioculturel et national d'origine de leurs parents et leurs propres stratégies identitaires offrent de précieux indices quant à la manière dont ils jugent de la place qui leur est réservée au sein de cette société qu'on aura en définitive choisie pour eux. En complémentarité avec, et, en quelque sorte, par-delà la réalité du marché du travail, l'école, les réseaux, la transnationalité et l'identité personnelle colorent l'idée que se font les jeunes de la deuxième génération de la citoyenneté canadienne.
 

Les principaux résultats de l'enquête

La très grande majorité des jeunes gens interviewés se sont heurtés à des préjugés à connotation raciste , dans le milieu scolaire fréquenté, qu'il soit privé ou public, francophone ou anglophone. Ceci se manifeste le plus souvent sous forme de harcèlement (quolibets et blagues racistes) de la part d'autres élèves ou étudiants.
 
Si les conséquences académiques ont été pratiquement nulles chez les interviewés qui se situaient parmi la catégorie des élèves ou des étudiants performants, il en va autrement sur le plan social. La discrimination et les préjugés entretiennent la méfiance, le repli sur le groupe d'origine et la reproduction de « frontières raciales symboliques » (entre catégories socialement et politiquement construites comme celles de « Noirs » et de « Blancs ») qui existent chez leurs aînés. Le discours narratif sur le racisme, vécu ou relaté par les proches, imprègne les mémoires, il s'alimente de la conflictualité et des répertoires culturels propres à la société québécoise.
 
Les divers témoignages dévoilent des difficultés quant à l'insertion dans le marché du travail. Plusieurs années après l'obtention des diplômes, la précarité d'emploi demeure importante et un grand nombre de jeunes adultes dans le cadre de cette enquête n'oeuvrent pas dans leur champ d'études et à leur niveau de compétence. La situation du marché du travail, les limites des réseaux sociaux d'embauche expliquent partiellement les difficultés d'intégration vécues par les personnes interviewées. De plus, certains jeunes adultes d'origine jamaïcaine maîtrisent mal le français et ressentent la situation comme un obstacle supplémentaire à l'égalité des chances. Mais la conjoncture économique n'explique pas tout. Rien n'indique que les interviewés qui ont rencontré des problèmes d'insertion dans le marché du travail soient moins disponibles que des Québécois d'autres origines. Au contraire, les personnes interrogées, conscientes des attitudes et des pratiques discriminatoires, pensent avoir fait preuve d'une volonté particulière de performance sur le marché du travail pour contrer l'imminence de la discrimination.
 
Ces problèmes de discrimination, de préjugés et d'attitudes entretiennent chez les Québécois d'origine haïtienne et jamaïcaine un sentiment d'être désavantagées par rapport aux jeunes Québécois d'autres origines. D'une façon générale, l'évaluation que font les interviewés de la position des jeunes « Noirs » dans le marché du travail est très pessimiste. Le fait d'appartenir à une minorité linguistique accentue, chez certains répondants d'origine jamaïcaine, le ressentiment et les perceptions de victimisation.
 
Pourtant, en dépit des évaluations négatives qu'ils font de la situation des minorités «noires», les jeunes interviewés projettent un avenir meilleur que celui de leurs parents et croient en leur mobilité sociale. Les ressources dont ils disposent (scolarité, connaissances linguistiques, etc) expliquent en partie cette relative confiance en soi. Les répondants mettent soigneusement au point les stratégies gagnantes qui leur permettront de réaliser leurs projets de vie (acquisition de ressources, développement d'habiletés, de réseaux de soutien, etc.). La mobilité continentale apparaît comme un élément important de ces stratégies et bon nombre envisagent de migrer vers l'Ontario ou les États-Unis pour assurer leur réussite professionnelle. Certains jeunes ont à cet égard développé un discours qui s'apparente aux discours politiques ambiants dans la société québécoise, quant à la fuite ou à l'exil volontaire des minorités.
 
Les réseaux sociaux personnels apparaissent relativement centrés sur la communauté d'origine et sur la communauté « noire » plus large, un peu par défaut. Le choix des amis et des conjoints obéit à une certaine logique de repli sur soi relatif qui assure réconfort et soutien. L'attachement au groupe d'origine haïtienne ou jamaïcaine, ou au groupe « noir », ressort clairement , mais n'est pas soutenu par un racisme à rebours nettement affirmé.
 
L'évaluation que font les jeunes interviewés des relations interculturelles sur la scène québécoise varie. Ils attestent de la pérennité des préjugés qui affectent les relations entre les Haïtiens et les Jamaïcains du Québec, préjugés enracinés dans l'histoire de la Caraïbe et des divisions induites par le colonialisme européen. Les relations entre « Noirs » et « Blancs » apparaissent davantage problématiques. Les interviewés sont très partagés lorsqu'il s'agit d'apprécier ce type de relations désignées comme raciales. Outre l'expérience personnelle, l'expérience américaine sert de modèle et d'étalon de mesure du racisme et des relations entre « Blancs » et « Noirs », sur la scène québécoise et canadienne.
 
Les luttes politiques propres au Canada influencent fortement cette évaluation. En effet, la question nationale du Québec provoque beaucoup de réactions chez les jeunes interviewés. Force est de constater que la problématique identitaire québécoise les interpelle, certains se sentant rejetés par la majorité en tant que « Noirs », ou en tant qu'anglophones ou en tant que membres de minorités issues de l'immigration, ou en tant qu'anti souverainistes. Leur position fait preuve d'ailleurs d'ambivalence. Elle oscille entre le ressentiment de ne pas se sentir inclus dans la québécitude et un discours de rejet, un discours accusateur, inspiré du discours véhiculé par certains leaders d'opinion de la communauté noire, qui tend à situer d'emblée le mouvement souverainiste à l'intérieur d'une logique néo-raciste.
 
On constate chez les interviewés une certaine posture de distanciation face aux catégories de couleur, « Noir » et « Blanc », « minorités visibles », issues de l'idéologie racialiste. Ce recul qu'ils prennent témoigne de tentatives de déconstruction au moins partielle de cette idéologie. En effet, nombre de témoignages contestent le substrat biologique ou culturel associé aux catégories raciales. Cependant, malgré la critique idéologique de ces termes et de l'idéologie racialiste, les répondants y recourent spontanément.
 
Malgré ces difficultés, on note une volonté d'intégration à la société québécoise qui se situe en tension avec le repli communautaire. L'importance des réseaux ethniques ne va pas contre cette volonté mais constitue un moyen pour déjouer la marginalisation ressentie ou appréhendée. Les liens transnationaux s'inscrivent dans cette même perspective de cultiver des réseaux capables d'assurer la réussite d'une éventuelle migration de travail. En effet, tant chez les groupes d'origine jamaïcaine qu'haïtienne, les réseaux transnationaux se recentrent davantage vers les Etats-Unis. Ces liens sont d'ordre symbolique et ne sont pas ancrés dans des pratiques concrètes et soutenues. Ils révèlent une idéologie du transnationalisme qui diffère des orientations des primo-immigrants. En ce sens, ils sont à analyser dans la même perspective que celle que Herbert Gans dégageait quant à la distinction entre ethnicité symbolique et ethnicité traditionnelle. En effet, bien peu forment un projet de retour définitif dans le pays d'origine. Les projets d'émigration qui s'inscrivent dans la vie active, comme nous l'avons mentionné, visent essentiellement le Canada anglais ou les États-Unis.
 
Les interviewés reconnaissent l'influence de la culture afro-américaine dans leur vie (formes musicales, modes vestimentaires, etc) et de grands leaders politiques. Cependant, ils sont sceptiques quant à une solidarité « noire » à l'échelle continentale, conscients qu'ils sont de la diversité de l'ancrage des groupes et des revendications dans l'espace nord-américain.
 
Notre recherche a montre également comment la discrimination perçue, vécue ou pressentie a un impact sur les options identitaires et sur la façon dont les jeunes adultes interviewés réagissent au discours étatique normatif sur la citoyenneté. Peu d'entre eux se définissent comme Canadiens. La prépondérance de l'identité à trait d'union, la rétention de l'identité nationale d'origine exclusive (même chez des jeunes nés au Canada), la faiblesse de l'identité québécoise, la politisation de l'identité sont les faits saillants de cette enquête. La concurrence identitaire que se livrent deux sociétés d'intégration, la canadienne et la québécoise ressort nettement des postures des interviewés.
 
Le discours fédéral sur la citoyenneté ne recueille pas spontanément une forte adhésion, pas plus que le discours québécois d'ailleurs. Si les valeurs décrites dans le cadre civique commun proposé par l'État du Québec sont largement perçues comme universelles et souhaitables (démocratie, droits de la personne, pluralisme), il n'en va pas de même des éléments historiques et culturels propres que le discours étatique inclut dans ce cadre civique commun, en particulier en ce qui concerne le français comme langue commune et le patrimoine commun. Le discours étatique québécois apparaît donc relativement peu rassembleur et n'offre pas aux yeux des personnes interrogées de garantie quant à l'incorporation citoyenne des minorités dans la société québécoise.
 
Quant au thème de la place des minorités dans un éventuel Québec souverain, il suscite un discours qui laisse songeur. Les témoignages font ressortir une conception ethnicisante de la notion de Québécois, terme associé à la seule majorité francophone d'origine canadienne-française. Ce discours révèle l'ampleur des défis reliés à la construction de visions démocratiques et pluralistes de la citoyenneté dans le contexte québécois, défis qui relèvent autant de la société civile que de l'état.
 
Comment assurer une meilleure incorporation citoyenne des minorités racisées? La présente étude ne peut certes apporter de solution miracle à ce problème ancien, mais il semble de plus en plus clair qu'une intervention accrue et vigoureuse de l'état et de la société civile au niveau de l'éducation et du marché du travail s'impose. L'éducation civique au sein de l'école apparaît incontournable, mais elle concerne également les clientèles adultes. Le discours qui se développe au Québec sur l'insuccès des programmes d'accès à l'égalité en emploi et sur la sous-représentation des minorités dites visibles dans les partis politiques et la sphère publique requiert une attention particulière. L'éducation et la sensibilisation en ce sens sont d'autant plus importantes que l'intervention juridique, sur plainte, aux Commissions des droits de la personne fédérale et provinciale, connaît des limites certaines.
 
Ceci dit, notre étude nous conforte dans notre conviction qu'à poser les questions uniquement en termes de relations interculturelles, multiculturelles ou civiques, le risque est grand de ne pas toucher les racines profondes du racisme, soit les inégalités économiques et l'aménagement de l'espace public tel qu'il existe actuellement. On sait que le racisme et les tensions interethniques sont exacerbées dans les périodes de crise économique, politique et identitaire. Faute de tenir compte davantage des besoins et des revendications des minorités et de les inscrire dans un projet commun de société, d'inventer de nouveaux espaces de délibération, les relations entre les minorités racisées et les majorités démographiques ne peuvent que se détériorer. L'accent normatif sur une citoyenneté désincarnée qui ignore les spécificités des minorités ethnoculturelles, racisées et nationales, ne saurait non plus apporter à long terme de résolution des problèmes d'équité auxquels sont confrontées nos sociétés.
 
Références bibliographiques
LABELLE M., SALÉE D., (1999), «La citoyenneté en question. L'État canadien face à l'immigration et à la diversité», Sociologie et sociétés, vol. 31, no 2, p. 125-144.
LABELLE M., SALÉE D., (2001) «Immigrant and Minority Representations of Citizenship in Quebec», dans T. Alexander Aleinikoff et Douglas Klusmeyer (dirs), Citizenhip Today. Global Perspectives and Practices, Washington, Carnegie Endowment for International Peace, sous presse .


 

  • Last modified
    5/04/16