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Canada 15/150 : Saul Shulman

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Maintenir l'espoir durant une situation désastreuse 

Par Allie Shier

En 2003, le gouvernement fédéral du Canada a institué le Jour commémoratif de l'Holocauste ou Yom HaShoah. Selon le calendrier juif lunaire, Yom HaShoah tombe le 27e jour de Nissan et aura cette année lieu le 16 avril. Le mois de Nissan est une période généralement considérée comme un temps de célébration. Elle suit la fête de Purim et inclut la Pâque, deux jours fériés commémorés par des chants, des danses et des festivités durant lesquels familles et amis célèbrent la persévérance du peuple juif. Yom HaShoah est par contre honoré dans la sobriété et la solennité. Cette commémoration officielle de l'Holocauste sert à mieux faire comprendre l'importance de la diversité et de la cohésion sociale au Canada, et à prendre davantage conscience des dangers du racisme et de la discrimination.

Pour Saul Shulman, Yom HaShoah revêt une signification personnelle profonde. En tant que survivant de l'Holocauste, il sait très bien l'importance de garder espoir et de rester fort face à la persécution. Saul qui est un mari très aimant, père de deux filles et grand-père de cinq petits-enfants, n'avait que six ans à la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais il garde de très vifs souvenirs de ce qu'il a vécu durant cette période tumultueuse.

Né dans la petite ville de Klimontov en Pologne en 1938, il n'était qu'un bambin lorsque l'Europe se transforma en une zone de guerre. Il vivait dans une famille aimante, auprès d'un père banquier, d'une mère femme au foyer et de deux frères aînés. Il se souvient très peu de cette brève période relativement paisible qui précéda le transfert de sa famille au ghetto Tzozme, alors qu'il avait trois ans. Dans ce ghetto, Saul fut contraint d'apprendre à survivre dans les terribles conditions auxquelles les Juifs étaient soumis.

Son histoire qui est celle d'un survivant est aussi celle d'un deuil. Comme de nombreuses autres familles, les Shulman furent séparés durant l'Holocauste, ignorant ce qu'il était advenu des autres ni comment ils se portaient. Saul se souvient clairement de la tragique séparation d'avec ses frères aînés. « Je me souviens du jour où l'on m'a amené avec ma mère de notre ghetto vers un premier camp, dans un camion avec bien d'autres. Du haut du camion, je regardais les alentours et voyais, en bas, des gens, alignés qui faisaient la file. Dans l'un de ces rangs, il y avait mes deux frères et l'un de mes oncles. Le plus jeune de mes frères essaya de courir pour nous rejoindre, ma mère et moi, tandis que notre camion s'éloignait, mais il fut ramené dans son rang par un officier. »

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Saul et sa famille en Pologne, avant la guerre, Saul est l'enfant en bas à droite | Saul et d'autres enfants dans un orphelinat en Allemagne après la guerre | Saul et sa mère en Pologne, après la guerre, peu avant de d'immigrer au Canada

Après cette expérience traumatisante, Saul et sa mère furent déportés vers un premier camp de concentration. Quelque temps après, ils furent envoyés à Auschwitz, principal lieu où les nazis mettaient à exécution ce qu'ils appelaient « la solution finale de la question juive ». Les conditions de vie à Auschwitz étaient horribles et insupportables; c'est un véritable miracle qu'il y ait survécu. Il se souvient de ses nuits d'insomnie, dans des baraques bondées. La première nuit, une punaise de lit vint se loger dans son oreille et on l'envoya à l'infirmerie. C'est là qu'on lui tatoua le matricule B7875 sur le bras, y inscrivant ainsi à jamais son identité de prisonnier.

Tout jeune, il acquit une conscience aigüe de la fragilité de la vie. Chaque matin à Auschwitz, il devait sortir de la baraque pour l'appel et l'inspection. Il se souvient en particulier de l'un de ces matins : « Il faisait très froid ce jour-là ; j'étais là, dehors, à geler dans le noir, sachant qu'après l'inspection, on nous amènerait marcher. S'ils nous amenaient du mauvais côté et que la fumée sortant des crématoriums était en vue, je saurais que j'allais probablement mourir. Ce matin-là, toutefois, on me ramena à la baraque. J'avais survécu un autre jour. » Chaque jour débutait ainsi dans l'incertitude, à se demander si ça allait être ou non son dernier jour. Pourtant, le jeune prisonnier gardait espoir face à l'horreur innommable : « Un jour, alors que je regardais le ciel, je me suis dit que viendrait peut-être le jour où les barrières s'ouvriraient et les gens seraient ébahis de me voir libre, comme ce sera le cas ».

C'était ce sentiment d'espoir, ainsi que son instinct, la chance et les actes délibérés qu'il réalisa qui lui permirent de survivre au génocide. Il se souvient aussi de quelques gestes spontanés de gentillesse, qui l'encouragèrent à garder une lueur d'optimisme dans des circonstances atroces. Il se souvient d'arriver à Auschwitz dans un wagon à bestiaux où il était entassé avec les autres prisonniers, affaibli par la faim et l'épuisement après un voyage exténuant. Tandis qu'il scrutait les alentours du wagon à travers les barreaux de la petite fenêtre aménagée dans la cloison, et qu'il aperçut le triste spectacle du camp de concentration, son regard croisa celui d'un soldat allemand qui mangeait du pain beurre. Lorsque Saul sortit du wagon, le soldat tendit au frêle garçonnet qu'il était un morceau de pain. Ce petit geste charitable offrait un contraste surprenant avec la déshumanisation systématique des prisonniers d'Auschwitz. Ce sont de tels les actes spontanés de gentillesse qui instillèrent en lui la capacité d'apprécier les droits inhérents à tout être humain.

En janvier 1945, Saul et les quelque 7 500 autres prisonniers qui restaient à Auschwitz furent libérés par les troupes soviétiques. Quelques jours après sa libération, il fut amené dans un orphelinat à Cracovie, en Pologne. N'ayant aucune idée de ce qu'il était advenu du reste de sa famille, mais ayant la conviction qu'ils seraient réunis, Saul refusa de quitter l'orphelinat jusqu'à ce qu'on les ait retrouvés. Il apprit bientôt que sa mère était en vie et qu'elle se trouvait également en Pologne. Il se rappelle encore l'émotion puissante qu'il ressentit alors qu'il montait les escaliers pour la retrouver pour la première fois depuis des années. Avec sa mère, sa tante et son oncle, ils décidèrent de quitter une Pologne ravagée par la guerre. Son oncle ne souhaitait plus résider dans un pays « dont le sol avait été inondé du sang de leur famille ». Saul étant encore trop malade pour voyager, il fut envoyé en Allemagne dans un camp pour personnes déplacées, doté d'un hôpital qui avait servi au rétablissement des nazis blessés pendant la guerre. Il fut traité comme une célébrité, car il était le premier et le plus jeune enfant d'Auschwitz à se retrouver en Allemagne de l'Ouest. Beaucoup de gens se firent photographier avec lui et il fut choisi pour donner des fleurs à David Ben Gurion, future premier Premier ministre d'Israël, lors de sa visite au camp de personnes déplacées.

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Saul et ses deux frères aînés en Pologne, avant l'Holocauste, Saul est à gauche | Saul en Pologne, après la guerre | Saul tenant le fusil d'un soldat américain

Éventuellement, Saul et sa mère s'en allèrent vivre au Canada, pour y commencer un nouveau chapitre de leur vie. Ils y arrivèrent en 1948, alors que Saul avait neuf ans. Il imaginait le Canada comme un beau pays paisible offrant des possibilités en abondance. Il était confiant de pouvoir y mener une vie heureuse. Ce pays occupe une place privilégiée dans son cœur, car c'est là que lui et sa mère virent pour la première fois son frère aîné Perry, trois ans après sa libération. S'il est vrai que Saul souffrit de la perte dévastatrice de son père, de son frère aîné et de ses grands-parents, c'est avec grand bonheur qu'il découvrit que son frère Perry avait survécu l'Holocauste, après sa libération du camp de concentration allemand de Buchenwald. Les trois survivants de leur famille vécurent à Windsor, en Ontario, et Saul étudia à l'Université de Windsor. Il estime avoir eu beaucoup de chance d'être éduqué au Canada, d'ouvrir un cabinet juridique prospère à Toronto, de vivre dans ce pays avec sa mère et son frère après la guerre et d'avoir pu se forger une vie heureuse et confortable pour sa famille. Il est fier de vivre dans un pays qui embrasse la diversité, rejette le racisme et défend les droits de la personne.

S'il est vrai que l'expérience vécue par Saul durant l'holocauste a été particulièrement douloureuse, elle l'a transformé, faisant de lui la personne qu'il est aujourd'hui. Il souligne la nécessité absolue de lutter contre la discrimination dans nos collectivités et dans tout le Canada, en intervenant lorsque nous sommes témoins d'injustices et de préjugés. Tout au long de sa vie, il n'a jamais perdu espoir pour l'avenir. Comme il l'explique, « Nous avons besoin de vivre avec espoir pour lutter contre nos craintes et nos inquiétudes, parce que si nous perdons l'espoir, nous perdrons tout. »

Visionnez « The Auschwitz Album - Visual Evidence of the Process Leading to the Mass Murder at Auschwitz-Birkenau » produit par Yad Vashem (en anglais)

 

Respect FR

Ressources

Loi sur le Jour commémoratif de l'Holocauste

Crestwood Oral History Project (en anglais seulement)

Our Family Holocaust Chronicle by Rubin Friedman – CRRF Board Member (en anglais seulement)

Finissons-en avec l’antisémitisme sans tarder - FAST

Friends of Simon Wiesenthal Center for Holocaust Studies (en anglais seulement)

National Ceremony in Ottawa 2014, Canadian Society for Yad Vashem (en anglais seulement)

Ressources de la FCRR

L'Holocauste (500 ressources cataloguées sur le site de la FCRR)

Les images sont une gracieuseté de Saul Shulman. Image en haut à droite, l'auteure Allie Shier avec Saul Shulman en 2012.
  • Last modified
    5/01/16

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