Canada 102/150: Roger Chum

By Siobhan Cole

On dit que le pardon est l'apanage du fort. Roger Chum en est la preuve vivante.

M. Chum a fait face à plusieurs difficultés au cours de sa vie. Sur le site des Premiers soins en santé mentale (PSSM) Canada, dans la section des instructeurs, on peut lire que de 1969 à 1974, M. Chum a été étudiant et résident au pensionnat Bishop Horden. Il a été aux prises avec des dépendances, des problèmes de santé mentale, songé au suicide et surmonté de nombreux obstacles durant sa vie.

Bien que ces expériences éprouvantes en auraient découragé plus d'un, M. Chum a décidé de consacrer sa vie à aider les autres. Durant ses moments libres, il préside l'Ontario Native Education Counselling Association.

Mais, chaque histoire doit commencer quelque part, et celle-ci devrait commencer par le début.

« Je suis un Omushkego (peuple de Muskeg) de la baie James. Je suis né dans une famille de huit enfants. Dès mon jeune âge, je passais du temps sur la terre, car mes parents étaient des chasseurs (piégeage, chasse, etc.) En 1969, mon père m'a emmené dans un endroit et m'a confié à un homme blanc. Mon père m'a regardé avec les larmes aux yeux, puis il est parti sans se retourner. Les cinq années qui ont suivi ont été un enfer pour moi. J'étais un jeune enfant très vulnérable, petit, intimidé par le personnel et les autres élèves, victime d'agressions sexuelles et physiques », raconte M. Chum.

Comme la plupart des Canadiens le savent, les pensionnats indiens font partie d'un épisode honteux de l'histoire du pays. Alors que la majorité de ces pensionnats ont fermé leurs portes dans les années 70, le dernier a été fermé dans les années 90. On estime que plus de 150 000 enfants ont fréquenté les pensionnats indiens durant cette période. En 2006, des mesures ont été prises dans le cadre de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens pour régler les séquelles laissées par ceux-ci.

M. Chum a choisi pour sa part de s'impliquer dans le domaine de l'enseignement, car il souhaitait fondamentalement encourager des changements positifs dans la vie d'autrui.

« Depuis mon enfance, j'ai toujours aidé les personnes en difficulté, que ce soit sur le plan émotionnel, mental ou physique. Je suis conseiller à temps plein au Canadore College; je travaille dans l'enseignement depuis plus de 23 ans. Je savais que je voulais aider les gens et que j'en avais besoin. C'est pourquoi j'ai fait des études postsecondaires, puis obtenu mon diplôme en services sociaux. Depuis, je travaille dans le domaine de l'éducation. J'ai travaillé avec plusieurs étudiants inuits, métis et des Premières Nations, et j'ai pu voir plusieurs d'entre eux atteindre leurs objectifs et réaliser leurs rêves. » M. Chum travaille également à panser les blessures laissées par les pensionnats indiens et à corriger des attitudes révolues. « La réconciliation est uniquement un mot lorsqu'il est prononcé, mais devient une action lorsque vous joignez le geste à la parole. Je suis encore confronté au racisme, à la discrimination et à l'ignorance de certains de mes concitoyens au Canada, lesquels adoptent à l'endroit des Autochtones des propos tels que « vous ne payez pas d'impôt », « vous êtes paresseux », « cessez de vous plaindre » ou « qu'est-ce que vous voulez de plus? » Notre peuple est fort, dynamique, déterminé à jouer un rôle dans l'avenir du Canada. À ce stade, rien n'a été fait convenablement. J'attends, tout comme plusieurs autres, la conclusion de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées... et je saurai alors si le gouvernement du Canada a à cœur le peuple autochtone. » Malgré l'énorme travail qu'il reste à effectuer pour remédier aux tragédies du passé, M. Chum croit que l'éducation et la compréhension contribuent grandement à corriger les préjudices et à mettre fin au racisme.

« L'éducation est le cheminement de toute une vie; nous apprenons tous les jours… Les jeunes veulent seulement terminer leurs études secondaires et retourner jouer à leur console de jeu Xbox. Nos jeunes doivent comprendre que la connaissance est un cadeau précieux qui peut être utilisé pour atteindre des objectifs. Par l'utilisation adéquate de nos connaissances, nous pouvons restaurer la paix et entraîner des avantages tangibles. La connaissance est un processus qui dure toute une vie; il sert à comprendre qui nous sommes et à déterminer nos forces, nos faiblesses et nos limites. »

Les espoirs nourris par M. Chum envers le Canada de demain sont tout aussi positifs. « J'ai espoir que le Canada s'efforce d'apporter la paix auprès de nos citoyens dans le respect les uns envers les autres, et que notre gouvernement travaille avec le peuple autochtone afin de créer et de mettre en œuvre des initiatives socio-économiques pour aider ce dernier à se sortir des conditions du tiers monde dans lesquelles il vit. Également, qu'il appuie notre culture et nos langues et que des occasions enrichissantes se présentent à nos jeunes et aux générations futures pour contrer le désespoir qui les assaille et dont ils tentent d'échapper en se tournant vers des dépendances, des actes autodestructeurs ou le suicide. »

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