Canada 101/150: Keith Neuman

Par Keith Neuman

Comme une personne sur cinq qui vit au Canada, je viens d'ailleurs. Pourtant, à première vue, on ne le dirait pas (la majorité des gens qui me connaissent ne l'ont jamais deviné). Je suis un homme blanc d'origine européenne, ce qui ne cadre guère avec les stéréotypes actuels au sujet des immigrants. Bien entendu, cela a facilité ma transition et l'acceptation de gens à mon égard lorsque je suis arrivé au Canada au début des années 80. Ma décision de venir m'établir ici avait été motivée par mon récent mariage avec une Canadienne (la première personne originaire du Canada que je rencontrais, autant que je sache).

Contrairement à la plupart des immigrants, je ne fuyais pas des représailles politiques, ni ne tentais d'échapper à la pauvreté, de chercher de meilleures possibilités économiques ou de retrouver ma famille. Je quittais plutôt mon pays, qui était considéré à l'époque comme le pays le plus riche du monde, où je venais d'obtenir un diplôme d'études supérieures spécialisées d'une prestigieuse université, où tous les membres de ma famille et mes amis vivaient, où j'étais fier partisan d'équipes sportives et admiratif devant les héros culturels. À quoi j'avais pensé!

Eh bien, l'amour a quelque chose à voir avec tout cela. Ma femme était désireuse de retourner dans son pays, mais il y avait un petit quelque chose de plus. Pourtant, je ne connaissais pas beaucoup de choses au sujet du Canada. Comme pratiquement tous les Américains, j'ai grandi en ne sachant presque rien de ce pays au nord. Si l'on me demandait de nommer des trucs au sujet du Canada, la seule chose qui me venait à l'esprit était l'Expo 67 (« come one, come all, to Montreal! »).

Ce « petit quelque chose de plus » était l'impression que, comparativement aux États-Unis, le Canada semblait plus discret et « civilisé ». Loin du clinquant, plus terre à terre d'une façon indicible. Et l'accent anglais me plaisait (« a-boat » et « eh? » me paraissaient curieusement exotiques et je m'étais exercé à maîtriser les expressions). Et le fait que je vivais auparavant dans une région aisée du sud de la Californie, dont le mode de vie axé sur les biens matériels commençait à être pénible, a probablement influencé le cours des choses (un ami du secondaire qui avait vécu en Californie bien avant moi m'avait dit que la meilleure façon de se faire de nouveaux amis était de complimenter les gens sur ce qu'ils possédaient).

Et, le Canada a été si accueillant une fois que j'ai décidé d'y immigrer. L'agent consulaire à Los Angeles était réellement sympathique. Une fois que nous avons traversé la frontière, le douanier a dit « Bienvenue au Canada! » (Sans même se donner la peine de fouiller nos deux véhicules chargés à ras bord avec tous nos biens à la recherche de marchandise de contrebande; il nous a seulement indiqué de soumettre une liste de nos biens au bureau de Toronto). Quelle confiance!

La transition s'est faite en douceur (le fait d'avoir un emploi et que mon beau-frère habitait en ville ont certainement aidé). Le Canada est, pour moi, un endroit où il est facile de s'intégrer et d'avoir un sentiment d'appartenance. Est ce que je m'ennuyais de mon pays d'origine? Pas beaucoup. Peu de temps après mon arrivée en sol canadien, un collègue (également expatrié américain) m'avait déclaré qu'une fois au Canada, je ne verrais plus mon pays d'origine de la même façon; il avait entièrement raison.

Je me suis senti très rapidement chez moi dans ce pays, j'y ai trouvé ma place. Selon moi, cette expérience est probablement semblable à celle de plusieurs autres personnes qui ont immigré au Canada, et je crois qu'il s'agit d'une des choses qui rend ce pays si spécial, pour ne pas dire unique. Le Canada est souvent considéré en deçà de ce qu'il peut être ou devrait être, mais plus que partout ailleurs dans le monde, c'est un endroit qui fait de la place. Et je suis très reconnaissant d'en faire partie.

 
Compassion

Ressources :
Un sondage mené à l’échelle du pays révèle qu’au cours des quinze derniers mois, l’opinion publique canadienne est restée stable ou est devenue plus positive concernant l’immigration