Canada 99/150: Akanksha Thakur

Akanksha Thakur

Alors que les salles de cours se transforment au Canada, il est important pour les éducateurs de s’engager pleinement dans des discussions courageuses sur la diversité. Mais parlons-nous tous le même langage lorsque nous abordons le sujet de la diversité ? En contextes multiculturels et interculturels, il existe de nombreux facteurs convergents qui banalisent l’enseignement et l’apprentissage. En 1971, le Canada a été le premier pays à adopter le multiculturalisme comme politique officielle – une chose dont nous sommes fiers, et à juste titre. Mais nous prenons de plus en plus conscience que la diversité culturelle est beaucoup plus qu’une simple reconnaissance officielle et de la tolérance. Pour moi, il s’agit d’un désir de préserver et d’affiner cette diversité en tant qu’atout précieux pour la communauté mondiale. J’ai dû enseigner à des étudiants, dans notre propre communauté étudiante. Avec le programme révisé de Colombie-Britannique de 2016, l’accent est mis sur « l’apprentissage personnalisé », ce qui en conséquence doit engendrer « des citoyens éduqués », et je ne peux m’empêcher de me demander comment nous pouvons nous féliciter et parler d’apprentissage progressif au XXIe siècle alors que notre programme oublie toujours d’inclure l’apprentissage interculturel et les défis qu’il représente pour l’enseignement, de même que des propositions de solution et davantage de soutien ? Je soulève cette question non seulement en tant que futur éducateur, mais aussi en raison de ma propre expérience comme immigrant ayant fait partie du système d’éducation canadien.

Je pense que les éducateurs qui acquièrent des compétences culturelles augmentent leur capacité à établir, malgré les différences, d’authentiques relations qui viennent soutenir la transmission des connaissances à leurs étudiants. Par exemple, ayant enseigné à temps partiel l’anglais langue seconde et l’anglais langue additionnelle, j’ai dû reconnaitre que l’apprentissage autonome est un concept culturellement influencé. Voici un cas (que j’ai personnellement expérimenté de nombreuses fois en tant qu’éducateur) extrait du livre ESL writers : A guide for writing center tutors (rédacteurs anglais langue seconde : un guide pour les professeurs du centre de rédaction)

Toshi s’incline devant Jessica, enseignante du centre de rédaction, avant de s’asseoir sur la chaise qu’elle lui a indiquée. Assis immobile, Toshi attend que Jessica lui demande : « Sur quoi aimeriez-vous travailler aujourd’hui ? » Toshi sort le début d’un brouillon qu’il a commencé dans un cours du programme de M.B.A. et regarde fixement le sol pendant que Jessica jette un coup d’œil sur les deux pages. Après un examen rapide, Jessica sourit, attendant que Toshi lui réponde. Les jeudis sont occupés à cette époque de l’année. Trois étudiants attendent que l’un des deux professeurs présents ce jour-là se libère. Au bout du compte, sentant changer l’humeur de Jessica, Toshi demande d’une voix étouffée, « Est-ce correct ? »

Du point de vue de Toshi
• Il adopte une attitude polie comme le veut la tradition japonaise
• Il attend silencieusement que l’on s’adresse à lui
• Il attend un conseil favorable et est sensible à « l’autre »

Du point de vue de Jessica :
• Elle s’attend à ce que Toshi définisse l’enjeu ou le problème à régler et lui dise pourquoi il est venu chercher de l’aide au centre
• Elle sait qu’elle a un horaire serré
• Elle perçoit le silence de Toshi comme un obstacle l’empêchant d’utiliser pleinement le temps de tutorat; comme s’il était venu mal préparé.

Il s’agit d’un cas que connaisse beaucoup d’enseignants ou dans lequel ils se reconnaitront. La différence réside dans le fait que ce ne sont pas tous les enseignants qui possèdent le type de compétences interculturelles que demande une classe diversifiée — comme il en existe dans tout le Canada. En tant qu’éducateurs, notre capacité à donner une chance de réussir à chaque étudiant d’une classe dépend largement de la totale compréhension que l’on a de leur culture et de leur style d’apprentissage. Les pratiques et les décisions en enseignement n’émanent-elles pas de la compréhension que l’on a de la façon dont chaque individu apprend ? Comme Canadiens, nous nous félicitons de beaucoup de choses. Et bien que nous ayons raison de le faire, il nous reste beaucoup de travail à faire. Notre sagesse est au cœur de beaucoup de nos défauts. Les activités professionnelles pertinentes, axées sur les problèmes et les enjeux associés aux communautés étudiantes hyperdiversifiées des salles de classe canadiennes peuvent offrir aux enseignants la compréhension et les compétences culturelles qui leur permettront de créer des classes plus inclusives pour leurs étudiants. Je pense que réformer les programmes de formation des éducateurs (comme le PDP) afin d’inclure des méthodes d’enseignement qui encouragent les éducateurs à définir leur propre positionnement et leurs « grilles » culturelles lors de leur formation aidera à faciliter ce processus d’ici à ce que les formateurs se rendent compte de la diversité qui existe dans nos salles de cours.

Ressources :

Colloque Pancanadien