Canada 88/150: Nalini Gopaul Naidoo

Mon Yellowknife, notre Canada

Par Nalini Gopaul Naidoo

Je suis le fruit d’une histoire qui débute dans les années 1800, dans un petit village côtier du sud de l’Inde. Tout a commencé lorsque mes arrière-grands-parents se sont rendus à Madras en char à bœufs. De là, ils ont été envoyés à Durban en Afrique du Sud où on leur offrait un travail de coolie dans une plantation de canne à sucre au salaire de 16 cents par mois. Je suis également le fruit d’une autre histoire qui a débuté dans les années 1960, lorsque les Indiens, frustrés des lois sud-africaines qui, en institutionnalisant le racisme et la ségrégation, dictaient les endroits où ils pouvaient vivre, qui ils pouvaient épouser, où ils pouvaient s’instruire et quelles sortes d’emplois ils pouvaient occuper, ont décidé de quitter l’Afrique du Sud et le régime de l’apartheid. Aujourd’hui, je fais partie de l’histoire canadienne, une histoire empreinte de multiculturalisme et de réconciliation, et je crois en l’avenir du Canada. Il fait bon être Canadien et je me sens responsable de prendre soin de ce pays qui nous a accueilli ma famille et moi.

Mes parents ont immigré en Alberta en 1970 avec deux valises et trente dollars pour tout bagage. Ils ont ensuite déménagé à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, en 1973. Avec mes yeux d’adulte et ma propre famille, je commence à comprendre l’énorme risque qu’ils ont pris. En montant dans l’avion, ils n’avaient aucune idée de ce qu’ils allaient découvrir de l’autre côté, et ils nous rappelaient constamment à mon frère et moi que nous devions nous aussi devenir des professionnels – de telle sorte qu’indépendamment de la couleur de notre peau, personne ne pourrait nous refuser un emploi si nous en possédions les qualifications. En fait, la règle de mon père était que je ne pouvais pas ramener de garçon à la maison tant que je n’aurai pas un titre devant mon nom.

J’ai été élevée dans la foi hindoue. Le point saillant de l’année était célébré à l’École catholique St Patrick High School de Yellowknife. Chaque automne, notre petit groupe organisait les célébrations du Diwali, la fête des Lumières commémorant la victoire du bien sur le mal. Les adolescents présentaient l’événement et chaque famille se préparait des semaines à l’avance afin de s’assurer que les décorations seraient parfaites et que tous les plats et tous les desserts seraient prêts. Les rangées de tables du gymnase de l’école étaient couvertes de samossas, de biryanis, de riz sucré, de gulab jamun et de barfis. Les murs étaient décorés de saris et les 40 meilleurs morceaux de bhangra occupaient tout l’espace sonore. Nous exécutions des danses traditionnelles, nous chantions des chansons et nous jouions des saynètes de nos livres illustrés d’histoires indiennes.

Mais le plus important de cette soirée était que chaque famille devait amener à l’événement une personne qui n’était ni indienne ni hindoue. La fête se transforma et commença à réunir toutes sortes de personnes aux croyances et aux modes de vie différents. Ces événements annuels m’ont permis de m’ouvrir aux religions, à la communauté, au leadership, à l’acceptation et à la célébration de la différence.

Des dizaines d’années plus tard, Yellowknife continue de m’enseigner ce que signifie le soutien communautaire et prendre soin des autres, autant lors de moments tragiques que de moments heureux. De la naissance de mes enfants au décès de nos aînés, les gens de notre communauté nous ont accompagnés avec gentillesse. Ils sont les yeux sur notre rue lorsque nos enfants se rendent à l’école, ils sont les leaders communautaires qui me remercient pour les services rendus par mes parents aux Territoires du Nord-Ouest, ils sont les gens qui, lors de pertes, se réunissent à la maison pour partager notre peine, ils sont les voisins et les étrangers qui soignent les coupures et les éraflures de nos enfants, ils sont les adultes qui nous applaudissent du fond de la salle lorsque nous rencontrons le succès et ils sont ces mêmes adultes qui essuient nos larmes lorsque nous perdons un proche.

Lorsque je pars pendant un certain temps, je reviens à Yellowknife comme je reviens à la maison. Notre communauté nous accueille dans ses bras, prend soin de nous et nous offre à mes enfants et moi la sécurité et des possibilités illimitées. Les mêmes qui ont été offertes à mes parents lors de leur arrivée. Mes parents ont choisi un merveilleux pays pour déployer nos ailes en toute liberté.

 
Compassion

Resources:
Asian Heritage Month: Celebrating Canada’s cultural diversity