Canada 82/150: Tymmarah Zehr

Par Tymmarah Zehr

J’ai grandi au Canada dans de petites communautés et je déménageais constamment. Je suis donc habituée à être la « nouvelle venue » à la recherche d’un sentiment d’appartenance. Je suis née à Toronto et, à quatre ans, j’avais déjà vécu à Timmins, Hamilton, Kanata et Labrador City. Lorsque j’ai eu six ans, nous avons déménagé à Grande Cache et au milieu de ma troisième année d’école, nous avons déménagé de nouveau à Fort McMurray. L’été entre ma cinquième et ma sixième année scolaire, ma mère, mon frère et moi avons pris l’avion pour Toronto où nous avons habité avec mes grands-parents paternels à Brampton pendant que mon père venait nous rejoindre en voiture depuis l’Alberta – à près de 4 000 km. Il nous a récupérés et nous avons roulé 2 600 km en famille jusqu’à Terre-Neuve, avec en prime une traversée en bateau jusqu’à Port-Aux-Basques. Deux ans et demi plus tard, au milieu de ma huitième année scolaire, que j’avais terminée avec un accent terre-neuvien parfait (que je peux reprendre facilement en tout temps) et une nouvelle collection de salières et de poivrières, nous avons de nouveau déménagé.

Vous avez sûrement deviné que mon père travaillait dans l’industrie minière – l’une des principales industries au Canada.

Jusque là, le fait de vivre dans de nombreuses petites communautés minières où toutes les familles étaient itinérantes m’avait permis de me faire des amis d’origines culturelles différentes –autochtones, Indiens, Africains, Écossais et Irlandais. Mon premier petit ami était Chinois. J’avais également été à même de constater qu’il existait des différences en matière de statut socio-économique et de privilèges, de même qu’entre les différentes religions et confessions religieuses.

Tous ces contacts m’avaient donné une perspective unique, mais en 8e année, nous sommes revenus à Grande Cache. Encore une fois, j’étais la nouvelle élève et les cliques étaient bien établies. Je ne parvenais pas à m’intégrer. J’ai vite acquis la réputation de celle qui tentait de faire cesser les bagarres. Ce fut le début de ma lutte pour la justice sociale; de mon combat pour ceux qui sont « différents » ou sont victimes de discrimination – de mon combat contre tout ce qui est injuste.

Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai déménagé à Edmonton et étudié la danse au Grant MacEwan College (aujourd’hui une université). Je me suis blessée au genou un mois avant la fin de ma première année. L’année suivante, je suis devenue mère monoparentale et j’ai vécu dans un logement social pendant un peu plus d’un an. J’ai même reçu de l’aide sociale pendant un mois. Grâce à un prêt étudiant, j’ai suivi un programme d’étude de deux ans en gestion.

Au cours des années suivantes, j’ai rencontré mon mari, j’ai eu une fille, j’ai déménagé à Grande Prairie en 1994 et j’ai divorcé quelques mois plus tard. J’ai travaillé dans la construction, dans l’industrie pétrolière et dans des organismes à but non lucratif dont la Croix-Rouge canadienne où le désir de son fondateur, Pierre Dunant, de prendre soin de l’humanité m’a inspirée. À Grande Prairie, j’ai eu l’occasion de m’impliquer dans des choses qui m’intéressaient, comme la gestion des activités commerciales du festival Ten Thousand Villages. Je me revois encore, debout dans un coin, lors de la première nuit de la première activité dans laquelle j’étais impliquée, complètement dépassée de voir autant de personnes désirant soutenir le commerce équitable de même que ces gens qui venaient d’endroits moins aisés que les leurs. Ce fut une impression formidable et c’est probablement à ce moment-là que j’ai réalisé que ma vie ne devait pas se résumer à des tâches administratives et que je devais en faire plus. En 2006, la ville de Grande Prairie s’est engagée avec la Coalition des municipalités contre le racisme et la discrimination. J’ai adhéré au Welcoming and Inclusive Communities Committee. Ma participation à cette initiative m’a amenée à retourner aux études où j’ai obtenu une maîtrise en communications internationales et interculturelles.

Aujourd’hui, je réside à Red Deer où je travaille comme spécialiste en ressources humaines – Diversité et inclusion. La moitié de mon travail consiste à enseigner au personnel en quoi consistent la diversité et l’inclusion, les Droits de l’Homme et les autres lois canadiennes qui protègent « l’autre », en plus de leur montrer comment il faut aborder les manifestations de racisme et de discrimination. L’autre partie de mon travail consiste à aider les citoyens et les organismes de Red Deer à bâtir une communauté plus accueillante et inclusive.

J’attribue trois facteurs à ma passion pour l’inclusion : 1) avoir été élevée au sein de l’Église Unie du Canada et de sa vision libérale, 2) avoir étudié à l’époque où la loi et les politiques sur le multiculturalisme canadien étaient au cœur des débats, et 3) avoir été élevée dans une famille où le racisme et la discrimination n’existaient pas.

 
Compassion

Ressources :
Living Together: Red Deer Symposium
Fostering Diverse Communities Canada
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City of Red Deer Welcoming and Inclusive Communities