Canada 79/150: Dr. Sandra Jarvis-Selinger

Par Siobhan Cole (en anglais seulement)

Pour certains d’entre nous, il est parfois difficile de se remémorer un peu plus que quelques vagues bons souvenirs de ses jours à l'école secondaire, mais ce sur quoi beaucoup s’accordent est que : personne n’a pris sa période à l'école secondaire avec suffisamment de sérieux. Nous sommes nombreux à venir d’un milieu aisé où toutes les opportunités étaient offertes; de bonnes écoles, des quartiers sûrs, des vêtements propres et de délicieux aliments dans le frigo. Au début, nous avons peut-être eu la volonté de faire des efforts en songeant à nos années d’université; mais pour la plupart, ce fut un endroit où l’on cherchait à rester le plus longtemps possible entre copains, où l’on planifiait/assistait à des bals et où l’on dépensait notre créativité à inventer des moyens pour ne pas assister aux cours. Peut-être qu’occasionnellement il nous fallait étudier pour passer un test. Peut-être que certains, plus chanceux, ont su naviguer parmi les cours afin d’obtenir un bon diplôme en faisant le moins d’efforts possible.

Pour ceux ayant eu moins de chance et d’opportunité, comme les membres des communautés autochtones, l’écart n’a cessé de se creuser. Soixante-quatre pour cent des utilisateurs de banques alimentaires sont des autochtones, et un enfant sur deux ayant le statut d’Indien vit dans la pauvreté. Les familles qui ne parviennent pas à s’offrir de la nourriture ne peuvent pas se permettre de payer pour des études postsecondaires et suffisamment de recherches ont montré le lien qui existe entre éducation/difficultés de concentration à l’école et la faim pour que beaucoup d’écoles aient mis en place un programme de petits-déjeuners pour leurs élèves. Ce n’est pas suffisant. Selon les statistiques de OpenCanada, « en 2012, le taux de diplomation postsecondaire chez les jeunes des Premières Nations était de seulement 35,3 pour cent. En comparaison, chez leurs homologues non autochtones, ce taux était de 78 pour cent. »

Cela étant dit, la Dre Sandra Jarvis-Selinger est de celles qui visent à conscientiser les étudiants sur le fait que les choix comptent, particulièrement dans le contexte des études postsecondaires. Actuellement doyenne associée aux études universitaires de l’UBC, la Dre Jarvis-Selinger soutient que l’éducation est une chance de changer de manière positive. « Elle aide les gens à changer leur point de vue », ajoute-t-elle.

Depuis toujours adepte inconditionnelle des programmes d’apprentissage axés sur la technologie, elle a lancé avec certains de ses collègues le programme Aboriginal eMentoring BC en 2010. Comme décrit sur son site, le programme « est un programme de mentorat en ligne qui relie les jeunes autochtones à des mentors sur des programmes d’études postsecondaires à travers la Colombie-Britannique. Notre objectif est de soutenir les jeunes autochtones afin qu’ils se bâtissent, à partir d’un mentorat en ligne, des parcours de réussites qui leur conviennent. Nous croyons que chaque jeune autochtone devrait avoir la possibilité de se préparer et d’avoir accès à l’éducation collégiale et universitaire. »

« Nous sommes allés dans les écoles », dit la Dre Jarvis-Selinger, « et nous avons discuté des programmes en santé de l’UBC avec des étudiants de 12e année à l'école secondaire. Toutefois, nous avons remarqué que beaucoup d’entre eux n’avaient pas suivi le cours de sciences de 10e secondaire, ce que nous appelons “le cours porte d’entrée”. Puis, quelques-uns parmi nous ont suggéré que d’avoir cette discussion un peu plus tôt, disons en jumelant un étudiant de 15 ans avec un étudiant de 19 ans, serait beaucoup plus efficace et permettrait aux étudiants de s’ouvrir à un plus grand nombre de choix à l’issue d’un cursus. »

L’éducation est une expérience formative constante dans la vie d’une personne et la Dre Jarvis-Selinger mentionne qu’il existe beaucoup de périodes de transition cruciales – de l’école primaire au secondaire, du secondaire aux études collégiales, et ainsi de suite. « Je veux être comme la grand-mère du mentorat électronique », dit-elle. « Ils n’ont pas à vivre avec moi, mais je veux être sûre de tout savoir de leurs différentes étapes de vie. »

Le programme continue de s’étendre, et comme les ondes sur l’eau, l’impact se répand de manière considérable. Récemment, Canadian Living a fait une entrevue avec l’une des participantes. « Le mentorat électronique a changé ma vie, » dit Rae-Anne Lebrun, 19 ans, aujourd’hui inscrite au programme de service d’aide pour les enfants et les adolescents du collège Douglas à Coquitlam, CB. « J’étais sans domicile fixe lorsque j’ai commencé le programme. J’ai dû apprendre qui j’étais en tant que personne, et j’ai dû parler de ce que je ressentais avec des gens qui m’acceptaient et ne me jugeaient pas. Ils m’ont aidée tout au long de mon parcours. »

À propos de ce qu’elle ressent sur l’héritage qu’elle laisse, la Dre Jarvis-Selinger reste modeste. « Lorsque je repense aux choses sur lesquelles je n’interviens plus, je revois la possibilité que j’ai eue de donner une voix à l’éducation. L’éducation n’a pas à être territoriale; elle doit simplement réunir des gens entre eux. »

** Statistiques gracieuseté de Canada Without Poverty et OpenCanada

 

Ressources : (en anglais seulement)
UBC: Dr. Sandra Jarvis-Selinger profile
Aboriginal eMentoring
Changemakers’ profile
Canadian Living: 6 Canadians who are making a difference